Auteur: Isabelle Daumas
Pays: France
Traducteur: Aucun
Pays: France

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« UN MAITRE, UN DOJO »

A l’EPA ISTA, la pratique traditionnelle de l’aïkido repose sur le concept « un maître, un dojo ». Mais que recouvre exactement cette idée ?

Le concept « un maître, un dojo » requiert que soient réunis les 5 éléments suivants :

  1. « do », la voie, qui doit conduire à l’autonomie de l’individu
  2. un lieu et un fonctionnement particulier : le dojo
  3. un homme qui montre la voie : le maître
  4. une grande liberté d’action dans les relations avec l’extérieur 
  5. des élèves « apprenants », non des consommateurs

1. « Do », la voie

La voie dont on peut parler n’est pas la voie…
Elle échappe non seulement aux mots des hommes, mais aussi à leurs lois. En parler signifierait qu’on la maîtrise. Or qui pourrait être assez orgueilleux et imbu de lui-même pour le revendiquer ? En tout cas, pas les plus avancés dans celle-ci, trop conscients de l’immensité de ce qui leur reste à découvrir.

Il est donc relativement difficile d’en parler, si ce n’est, comme ci-dessous, par quelques allusions de la sagesse orientale :

A propos de la démarche:
« Que savez-vous du principe (Do)? Rien je l’ai cherché, dit Confucius, durant 5 années entières, dans les formules et les nombre,s sans le trouver. Puis durant 12 années, dans le yin yang, également sans résultat. Cela ne m’étonne pas, fit Lao Tan. Si le principe pouvait se trouver ainsi, il figurerait depuis longtemps parmi les cadeaux qu’on se fait entre amis. La connaissance du principe ne se trouve, ni ne se communique pas facilement ».

Sagesse orientale
« Si tu vois un Maître, coupe lui la tête, tu es ton propre Maître ».

« Connaître les autres, c’est sagesse ; mais se connaître soi-même, c'est sagesse supérieure, (la nature propre étant ce qu'il y a de plus profond et de plus caché). Imposer sa volonté aux autres, c’est force ;mais se l'imposer à soi-même, c’est force supérieure (les passions propres étant ce qu’il y a de plus difficile à dompter). Se suffire (être content de ce que le destin a donné) est la vraie richesse ; se maîtriser (se plier à ce que le destin a disposé) est le vrai caractère ».

« Un petit esprit ne comprend pas ce qu'un grand esprit embrasse. Une courte expérience ne s’étend pas aux faits éloignés. Le champignon qui ne dure qu'un matin, ne sait pas ce que c'est qu'une lunaison. L’insecte qui ne vit qu'un été, n’entend rien à la succession des saisons. Ne demandez pas, à des êtres éphémères, des renseignements sur la grande tortue dont la période est de cinq siècles, sur le grand arbre dont le cycle est de huit mille années. A chaque être sa formule de développement propre ».

Toutefois, on peut aussi s’en tenir à la définition que donne le dictionnaire : « route, chemin par où l’on va d’un lieu à un autre ». Dans le cas présent on pourrait dire chemin par où l’on accède d’un état à un autre.

En effet, l’aïkido proposant des clés pour appréhender la vie, découvrir les autres et se découvrir soi-même, s’apparente à un chemin vers l’autonomie du corps et de l’esprit. Ce qu’on appelle communément « développement personnel » est nommé « do », dans la tradition japonaise.

2. Un lieu et un fonctionnement particulier

Cette pratique ne peut donc se réaliser que dans un endroit adapté, le dojo, « lieu où l’on étudie la voie ». En aucun cas elle ne peut se faire dans un club, dans un milieu sportif.
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3. Un homme qui montre la voie : le maître

La pratique de l’aïkido traditionnel ne se conçoit que sous la direction d’un maître.
Le but de l’aïkido étant le « do », la réalisation de soi-même, le maître doit pouvoir exercer librement, sans contrainte, son enseignement (autonomie), c’est à dire n’être soumis à aucune influence quelle qu’elle soit.

Influences internes : de la part de ses élèves. On ne saurait en effet imaginer qu’un élève tente d’influencer son maître : l’élève a choisi son maître ; le maître a accepté de transmettre son enseignement à l’élève. Si ce dernier ne respecte pas les choix ou l’enseignement qui lui est dispensé, il est en désaccord et libre de partir à tout moment. Rien ni personne ne le retient.
L’élève est au dojo pour apprendre. Il ne peut véritablement parvenir à cela qu’en retransmettant avec rigueur l’enseignement de son maître. En aucun cas il ne peut lui-même transmettre une version personnelle, aménagée, infidèle à ce qui lui a été appris. Ce serait un manque de respect et d’honnêteté vis-à-vis du maître. En cas de désaccord, l’élève quitte le maître et monte son propre dojo, sa propre école. Bien peu le font, preuve s’il en est, qu’ils en sont bien incapables.

Influences externes. Un maître est nécessairement autonome : il ne dépend de personne pour sa progression. Il poursuit sa voie seul, car personne ne peut rien pour lui (dans le cas contraire, il ne serait pas un maître, mais l’élève d’un maître, en cours d’apprentissage). C’est pourquoi un maître ne peut véritablement enseigner que dans un dojo (cf paragraphe 2, lien sur « le dojo ») et non dans un système de clubs, rattachés et donc soumis à des fédérations. Rattachement, affiliation, dépendance, soumission sont le gage d’une aliénation certaine, contraire à la recherche de la voie.

Le maître est un artisan. Ce n’est pas un concept nouveau en occident : il existe des maîtres de peinture, des maîtres de musique, des maîtres joailliers…, c'est-à-dire de grands artistes ayant tracé leur voie dans leur art, s’impliquant à fond dans celui-ci afin de le développer au maximum. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’un maître d’aïkido ne pratique que l’aïkido. Nul ne peut être compétent en tout.

Un maître n’impose rien. C’est exactement l’inverse d’un gourou. Il essaiera, par son enseignement, de donner des clés à son élève afin que celui-ci puisse devenir autonome. Un gourou procèdera à l’inverse.
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4. Une grande liberté d’action dans les relations avec l’extérieur

L’EPA ISTA ne fédère ni clubs, ni fédérations. C’est une école à laquelle sont inscrits des individus qui pratiquent l’aïkido. C’est pourquoi cet aïkido est pratiqué dans des dojos. Ces dojos ne doivent subir aucune influence ; ni de l’EPA, ni d’autres dojos EPA n’ayant pas le même maître.

Prenons un exemple :
Dans le cadre d’une fédération, tous les membres de cette fédération sont invités à un stage proposé par un professeur à un endroit donné. Dans une pratique fédérale, en effet, on est tenu d’accepter tout le monde à partir du moment où la personne est en règle vis-à-vis de la fédération. Et cela d’autant plus si la fédération est habilitée par l’Etat, car le professeur est alors le représentant de l’Etat.

Un dojo EPA ISTA est sous la direction d’un maître qui ne donne pas de « stage », mais des « cours nationaux ou internationaux ».
Nb : le terme « stage » demeure cependant fréquemment utilisé, par commodité de langage. Néanmoins, le terme « cours » est plus approprié à une pratique traditionnelle, où le professeur a la maîtrise de qui participe au cours, qui reçoit son enseignement.

Bien sûr, le pratiquant n’ayant pas ce maître, directement ou indirectement, sera accepté, mais 2 ou 3 fois seulement, comme n’importe quel débutant qui entre dans un dojo afin de voir s’il lui convient. S’il lui convient et s’il est accepté par le maître, il lui appartiendra alors de décider de quel type d’élève il veut faire partie…

5. Des élèves « apprenants », non des consommateurs

Les raisons menant une personne à pratiquer l’aïkido sont variées : se dépenser physiquement, apprendre à se défendre, rencontrer d’autres personnes, rechercher une hypothétique révélation, philosophique ou mystique …
Toutefois, ce que l’on peut découvrir par la pratique va bien au-delà de l’idée nécessairement réductrice du départ : la maître va donner à son élève les repères qui lui permettront, s’il sait en tirer partie, de se réaliser.

Encore faut-il pour cela que l’élève se mette en situation d’ « apprenant ».

Si l’élève demeure un simple « consommateur », se contentant de pratiquer les techniques, changeant de professeurs au gré de ses envies, par commodité ou proximité par exemple, il ne parviendra jamais à se réaliser véritablement. Tout prendre et ne rien donner n’a jamais contribué au développement de soi.

Un véritable pratiquant d’aïkido, un uchi deshi, a un maître et un seul. Avec son aide, il va commencer à devenir de plus en plus autonome. Certes cet apprentissage de l’autonomie sera parsemé d’erreurs. Tout comme un enfant apprend à devenir adulte, c'est-à-dire autonome, le professeur, à l’instar des parents, veillera à ce que les erreurs commises soient limitées et pas très graves.
Cette progression vers l’autonomie passe également par l’accomplissement de tâches pour le dojo. Un uchi deshi s’implique, d’une manière ou d’une autre, en fonction de ses compétences, dans le développement du dojo. Il ne se contente pas de pratiquer les techniques : au contraire, il se donne tous les moyens de parvenir à un résultat sur lui-même, bien au-delà des résultats « techniques ».

D’ailleurs, l’un des premiers enseignements en aïkido est « misogi », littéralement couper le corps en lanières. Avec l’idée de se purifier, d’ôter tout ce qui encombre et empêche de trouver la voie. L’élève consommateur pense que l’aïkido va lui apporter quelque chose qu’il n’a pas. Cela va lui servir à renforcer son ego, sa condition physique, sa musculature…
L’élève « apprenant » va chercher au contraire à se débarrasser de ce qui le gène : moins de muscles, moins de gestes, se limiter à l’essentiel… soit « misogi ».

Cet apprentissage est long, mais le temps, comme l’humilité, sont deux paramètres fondamentaux dans la recherche de la voie. Agé de 80 ans, Morihei Ueshiba ne disait-il pas lui-même : « la voie de l’aïki est sans limite. Je ne suis moi-même, et toujours, qu’un débutant...  j'espère que d'autres iront plus loin. » ?
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