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1. le dojo, cadre d’enseignement et de pratique
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A l'heure où l'on entend de plus en plus de pratiquants d'aïkido parler
de leur "club", il nous paraît nécessaire de repréciser ce que doivent être le lieu
et le cadre de l'enseignement de cette discipline : l'aïkido ne se pratique pas
dans un club mais bel et bien dans un dojo, et cette distinction n'est pas affaire
de maniaquerie lexicale ; sous la surface de ces mots se dissimulent des réalités
fondamentalement opposées, et la méconnaissance de leurs sens respectifs mène les
aïkidokas vers une dérive inquiétante par rapport à l'attitude traditionnelle. Ce
qui est en jeu ici, c'est l'essence même de la discipline et de sa pratique. Le
mot dojo n'est pas seulement la version japonaise de notre salle de sport, il indique
bien plus que cela, à la fois esprit et cadre structurant de la pratique. La perception
juste de cet esprit de dojo est donc indispensable à la transmission de l'aïkido
traditionnel.
Pour de nombreuses raisons, en particulier parce qu'il s'agit d'une notion orientale,
très éloignée des modèles et des schémas auxquels nous sommes habitués, peu de pratiquants
savent comment fonctionne un dojo traditionnel. Et pourtant ! Ne dit-on pas que
le dojo symbolise le champ de bataille ? Le maître doit pouvoir alors faire une
confiance absolue à ses élèves : chaque chose, chaque personne, doit y être exactement
à sa place. C'est ce travail d'explication qu'il faut entreprendre, pour permettre
à chacun d'apprendre à connaître sa juste place dans le dojo et de ce fait de rester
fidèle à la tradition, seule garante du juste esprit de la pratique.L’aïkido ne
peut être en effet que l’œuvre :
D'aïkidokas appliquant des règles et une conduite d'aïkidokas.
D’aïkidokas ayant suffisamment d’humilité, de respect pour leur discipline et les
pratiquants d’aïkido pour ne pas contraindre et forcer le comportement d’autrui
selon leurs propres règles, leurs propres valeurs.
D’aïkidokas modestes, reconnaissant ne pas détenir toute la vérité, acceptant que
d’autres soient plus avancés, respectant la voie et les convictions de ceux qui
pratiquent différemment, évitant de s’ériger en modèle absolu de la discipline.
D'aïkidokas qui pratiquent en suivant la démarche de l’aïkido quoi qu’il arrive,
sans se laisser impressionner par les représentants prétendument « officiels » de
l’aïkido dont le comportement est à l’opposé de celui de O Sensei. Les textes et
enseignements du fondateur témoignent de cette énormité paradoxale.
Tout ceci n’est possible que lorsque l’étiquette et les règles de pratique sont
complètement intégrées !
Pratiquer une discipline orientale comme l’aïkido n’est pas chose évidente pour
un Européen. De la même façon, le fonctionnement européen est inconnu du maître
japonais. Celui-ci fait confiance aux élèves du cru et s’appuie sur les structures
locales avec le respect, qu’en tant qu’invité, il doit à ses hôtes. L'effort est
pourtant nécessaire et il nous faut, nous, pratiquants européens, comprendre l'esprit
de l'aïkido et les lois du dojo. Comme le veut la tradition, l’élève va chez le
maître. Quelle que soit sa tâche dans le dojo, il n’est pas chez lui et ne doit
jamais l’oublier. Un enseignant, quel qu’il soit, n’est jamais l’obligé de ses élèves,
il ne se situe pas au même niveau hiérarchique : c’est la notion de sempai. Certains
maîtres abusent de leur position. D’autres se mettent trop à la portée de leurs
élèves, ce qui peut causer des problèmes venant de ceux qui ne savent pas tenir
leur place. Ceci implique un comportement adapté dans le dojo, en dehors de lui
et dans la relation maître/disciple.
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aï - la notion d'harmonie, dont le caractère se décompose en trois : le Toit, (e
Un, la Bouche, implique que chaque chose soit à son exacte place : sous le toit,
c'est le maître qui parle.
La disposition du professeur et des élèves sur le tatami en est le rappel permanent.
Les codes de conduite vont dans ce sens : lors d'une démonstration ou d'un examen
de grades, le plus ancien ne chute jamais projeté par un plus novice ; de même,
on n'invite jamais un plus gradé, on attend d'être invité par lui. L'ordre hiérarchique
est respecté jusque sur les affiches annonçant des stages ou des démonstrations
(hambuka'i).
A l'inscription, l'élève doit être admis par le professeur même si cela n'apparaît
pas. II doit être pris en charge par deux anciens qui jouent le rôle de parrain
"sempai" ; ceux-ci seront particulièrement chargés de son éducation.
En retard, l'élève demande à monter sur le tatami.
Pour sortir, l'élève doit demander l'autorisation au maître, les sempai y veillent.
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Même après plusieurs années de pratique, l'élève peut se voir interdire définitivement
l'accès au cours pour des raisons que le professeur n'a pas à justifier.
Imaginons le cas d'un refus dans le contexte d'une association sportive, où le bureau
est le patron du club et le professeur son débiteur, son employé aux ordres. Comment
serait gérée une telle situation si le bureau était d'un avis contraire à celui
du professeur2? Imagine-t-on un seul instant un vrai professeur d'aïkido
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- aux ordres de ses élèves, parfois débutants;
- pire, aux ordres de certains élèves qui briguent la place du professeur;
- ou aux ordres d'élèves qui ne pratiquent plus depuis longtemps ou qui ne font plus
partie de l'association, s'accordant le privilège de ne plus payer de cotisation
depuis plusieurs années.
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Du point de vue traditionnel, une telle situation ne peut être acceptée. II est
impossible de faire de l'aïkido dans ce qui n'est plus un dojo, mais bien un club
sportif. En pareil cas, c'est au professeur de reprendre sa place et de la tenir.
Imagine-t-on des élèves en situation scolaire choisir leurs professeurs et leurs
matières, décider s'ils suivront ou non les cours, et le professeur obéir aux élèves
ou aux réformes des contenus d'enseignements qu'ils auraient décidés en réunions
? Et pourtant, la chose existe au niveau des clubs ; elle est courante dans tous
les systèmes fédéraux d'aïkido... Les politicoadministratifs (que l'on trouve rarement
sur les tapis, mais plutôt en réunions dans des hôtels chics) imposent les changements
d’enseignement politiquement négociés au niveau fédéraux.
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Pour nous, professeurs responsables de la tradition d'aïkido, le "bureau" n'est
autre qu'un groupement d'élèves qui acceptent une mission supplémentaire, qui prennent
des responsabilités, qui agissent au nom du maître et qui ont sa caution. Ces élèves
s'appellent traditionnellement des uchi deshi. II peut également s'agir de personnes
qui participent au développement de l'aïkido sans le pratiquer. Le professeur n'ayant
pas toutes les qualités, s'entoure de gens compétents qui connaissent leur place |
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Aucune raison de personnaliser ou d'être vexé d'un désaccord : le maître donne une
mission qui est remplie du mieux possible. Elle est d'ailleurs généralement formatrice. |
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Un professeur bien entouré ne devrait pas avoir à intervenir : les choses sont réglées
par les anciens, qui, en anticipant l'action, montrent leurs progrès et leurs connaissances.
Depuis longtemps les professeurs de judo et de karaté, dont l'expérience fédérale
est plus grande, et qui ont compris que le système associatif ne permettait plus
aux élèves de connaître leur juste place, procèdent ainsi. |
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D'un point de vue pédagogique, l'enseignant incite l'élève à franchir une difficulté
en vue de lui apprendre un élément supplémentaire du fonctionnement d'un dojo. Plusieurs
situations peuvent se présenter |
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- L'élève détecte le problème et le résout;
- L'élève détecte le problème et en parle au professeur;
- Le professeur signale le problème à l'élève qui ne l'a pas vu ou qui a essayé de
l'éviter.
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C'est en franchissant une difficulté que l'élève se forme et qu'il progresse. En
traitant le problème convenablement et de manière autonome, l'uchi deshi montre
sa compétence et sa compréhension de l'aïkido. Le maître est présent pour le conseiller
et rattraper ses éventuelles erreurs. |
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On voit donc que le vrai maître est celui qui incite l'élève à être autonome et
à s'assumer et non celui qui exige la soumission en inhibant toute initiative. C'est
ici que le maître se distingue du gourou. |
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