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La nature des êtres étant diverse, leurs goûts ne sont pas les mêmes.
Même entre hommes, il y a des différences, ce qui plaît aux uns ne plaisant pas
aux autres. Aussi les anciens sages ne supposaient-ils pas à tous les hommes la
même capacité, et n'employaient-ils pas n'importe qui pour n'importe quoi. Ils classaient
les hommes d'après leurs oeuvres, et les traitaient selon leurs résultats. Cette
juste appréciation des individus est condition de tout succès.
sagesse orientale
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A la première lecture de ce document qui se présente comme une "progression
technique", bien des connaisseurs de l'aïkido risquent de se montrer surpris. Ils
auront raison.
La technique d'aïkido, j'ai déjà eu bien des occasions de le dire et de le répéter,
ne se laisse pas - comme tout ce qui est du domaine de l'art - enfermer dans des
tentatives de normalisation : elle échappe avec ténacité à toute fixation par l'image
ou par les mots. N'étant pas une science exacte, et c'est ce qui en fait toute la
richesse, cet art s'adapte aux qualités, ainsi qu'aux défauts, propres à l'artiste
qui crée sa technique à partir des principes de base qui sont, eux, immuables. Autant
de professeurs, autant de dojos, autant d'aïkido.
Dans ce contexte, tenter d'instituer une norme reste non seulement du niveau du
pur fantasme, mais révèle aussi une profonde incompréhension de la discipline. A
moins, bien entendu, que la norme soit un outil dont certains professionnels usent
pour imposer leur vision technique, dans des buts peu avouables, et qui diffèrent
en tous cas du seul souci désintéressé de permettre aux pratiquants d'être libres
et responsables de leur propre technique.
Il serait absurde donc de tenter de mettre au point un catalogue ou une "méthode
technique", a fortiori si cette méthode est "nationale" (on pratique l'aïkido, non
"l'aïkido français", "l'aïkido américain", "l'aïkido luxembourgeois"... autant de
dénominations qui traduisent pourtant cette volonté stupéfiante de normaliser, de
réduire, une discipline qui est un formidable outil de liberté) : marquer d'une
empreinte "nationale", c'est aliéner ce qui par essence est un !
Tel n'est donc pas le propos de ces pages. Le lecteur n'y trouvera aucune description
technique, aucune analyse, qui font, on l'aura compris, l'objet d'une transmission
physique, par les sensations du corps, dans le cadre d'une relation entre le maître
et l’élève. L'enseignement ne se fait donc pas par correspondance, mais bien de
l'un à l'autre, de façon individuelle, personnelle. L'exposé qui suit respecte les
limites de chacun, permet aux pratiquants d'exprimer leurs qualités propres et leur
maturité de compréhension vis-à-vis de la discipline. C'est là ce que ferait un
guide !
Bien entendu, la liste qui suit n'est pas exhaustive. A chaque situation sa technique,
et le nombre des situations possibles n'est bien entendu pas chiffrable. En aïkido
comme ailleurs, tout se retrouve dans tout. En travaillant une technique, c'est
toute la discipline que l'on met en œuvre, les mouvements n'étant pas déconnectés
les uns des autres. Il ne faut jamais oublier que les techniques sont les formes
extérieures d'un principe fondamental unique.
J'ai tenté ici de formaliser un outil pédagogique, une base de travail pour les
enseignants soucieux de donner à leurs cours une cohérence, une suite logique pour
ce qui est du contenu technique. Toutes les techniques ne sont pas du même niveau
de difficulté et, en aïkido comme ailleurs, débuter par le plus subtil, le plus
délicat, pour finir par le plus évident risque fort de déprimer les élèves, même
les plus motivés, par maladresse didactique. Il ne suffit pas, en effet, d'être
bon technicien pour être bon professeur.
L'ordre de difficulté de réalisation des techniques n'est souvent pas celui qu'on
imagine. Prenons l'exemple des katamewaza (ikkio, nikkio...) dont l'approche dans
le cours ne correspondra pas à la succession habituelle. De même, pourquoi voit-on
si souvent des professeurs s'ingénier à faire faire aux débutants des kilomètres
de chutes avant, si traumatisantes pour eux, lors des premiers cours ? Par coutume
ou habitude ? Ou bien n'ont-ils jamais réfléchi à la question ?
Les pages qui suivent constituent donc matière à réflexion. Mais ne nous méprenons
pas sur leur sens, et évitons un deuxième écueil. Quand il est dit "progression
technique : de mukyu à shodan", il est évident qu'il ne s'agit pas d'une échelle
référentielle ! Il est aberrant d'attribuer à un grade un niveau technique ou un
catalogue ! Les grades évaluent la maîtrise des techniques : c'est à dire le moyen
de parvenir à l'objectif. Évaluer des moyens en lieu et place d'objectifs est une
erreur commise par les mauvais pédagogues ou les ignorants. Si 20% des pratiquants
en sont conscients 80% s'en délectent. (Peter et les philosophes orientaux font
d'ailleurs le même constat : sous l'effet de l'entropie, tout système, toute hiérarchie
fait, au bout d'un certain temps, l'inverse de ce pourquoi il a été conçu à l'origine.)
Ce serait se méprendre gravement sur la valeur du grade, sur son sens véritable,
dont j’ai eu l’occasion de parler par ailleurs.
La seule norme, c'est que pour être shodan (littéralement : débutant), le pratiquant
doit être capable d'effectuer globalement l'ensemble des techniques d'aïkido, pour
pouvoir commencer son apprentissage véritable par la suite. A son professeur, donc,
et à lui seul, de savoir le mener de façon cohérente jusqu’à ce stade. Puisse cet
outil les aider tous deux dans cette tâche.
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